SOF · RMUDéclaration des Forces d'opérations spéciales du Mouvement de résistance de l'Ukraine
Manifeste du peuple ukrainien
On nous a dit que nous ne serions plus. Ce document est notre réponse.
Huit adresses rendues publiques le 17 avril 2026 : au Saint-Siège, à l'Organisation des Nations unies, à l'Union européenne, aux États-Unis, à l'OTAN, à la Chine, au monde arabe et à tous. Elles sont ici réunies en un seul texte.
Nous sommes
Personne ne nous a demandé si nous souhaitions exister. On nous a informés que notre existence était gênante.
Nous sommes. Ce n'est pas un slogan. C'est un fait qu'il faut prouver à nouveau chaque matin — avec des corps.
Ce n'est pas un gouvernement qui parle, ni un fonctionnaire. C'est un peuple qui porte son pays de lui-même. Si nous ne disons pas avec nos propres mots qui nous sommes, d'autres le diront à notre place. Et ils le diront autrement.
Qui nous sommes
Nous sommes le peuple de trois Ukraines devenues une seule dans le feu.
L'Ouest, aux racines millénaires dans la tradition latine, qui a tenu pendant des siècles le pont entre Rome et Constantinople. Le Centre, avec l'esprit cosaque — la mémoire d'hommes libres qui n'ont servi aucun maître terrestre, hormis Dieu et leur terre. L'Est et le Sud, porteurs d'un héritage lourd et stratifié — et Odessa, qui parlait vingt langues et mesurait un homme à ses actes, non à son sang.
Nous sommes quarante millions, et nous sommes différents. C'est précisément pour cela que nous entendons ceux que personne n'entend.
Sur notre terre, le schisme de 1054 n'est jamais devenu un mur. Gréco-catholiques et orthodoxes y ont vécu côte à côte pendant des siècles — sans se confondre et sans se combattre. Peut-être la réponse à la question de savoir comment se referment les vieilles fractures ne se trouve-t-elle pas dans la dispute théologique, mais dans l'expérience vécue d'un peuple qui a appris à être un à travers la différence.
La terre
Notre terre est la terre noire qui nourrit le monde. Un grain sur quatre dans le pain de ceux qui ont faim vient d'ici. Le grain ukrainien nourrit quatre cents millions de personnes en Afrique, au Proche-Orient et en Asie.
Quand nos ports sont fermés, nous ne sommes pas les seuls à avoir faim.
Notre guerre est la faim d'autrui. Notre paix est le pain d'autrui. Ce n'est pas une image. C'est de la logistique.
La mémoire
En 1932-1933, la famine sur cette terre a été organisée délibérément. De trois millions et demi à sept millions de personnes sont mortes.
Non de la sécheresse. De la politique. Ce fut l'Holodomor.
Aussi, lorsqu'on nous dit « nous ne vous laisserons pas être », nous prenons ces mots au sérieux. Nous avons déjà vu comment cela se fait.
La parole donnée
En 1994, l'Ukraine a fait ce que personne n'avait fait : elle a volontairement remis le troisième arsenal nucléaire du monde. En échange — des garanties de sécurité et d'intégrité territoriale.
Nous avons cru à la parole des grandes puissances. La nôtre, nous l'avons tenue. Ce n'est pas nous qui avons rompu le mémorandum.
Et ce n'est plus notre plainte. C'est une facture adressée au monde entier : si la parole donnée à un pays qui a désarmé peut être brisée, le pays suivant choisira les armes plutôt qu'une promesse. Et il aura raison.
La loi
Deux fois en vingt ans, nous avons changé de pouvoir par la protestation pacifique. Sans coup d'État. Sans chars étrangers. Dans le gel, sans armes, de nos propres pieds.
Non parce que quelqu'un payait. Parce que la loi doit se tenir au-dessus de la force.
Nous ne sommes pas une démocratie parfaite. Nous sommes une démocratie vivante — et nous nous battons pour le droit de rester en vie.
Ce pour quoi nous nous battons
Nous nous battons pour des choses simples, et elles se comptent sur les doigts d'une main.
Pour le droit de parler la langue dans laquelle priaient nos grands-mères — l'ukrainien, le russe, le hongrois, le roumain, n'importe laquelle.
Pour le droit d'enterrer nos morts dans notre propre terre et de savoir qu'ils ne sont pas morts pour rien.
Pour le droit de nos enfants de grandir sans avoir appris d'abord le chemin de l'abri.
Pour le droit de choisir notre voie. Pas celle de la Russie. Pas celle de l'Amérique. La nôtre.
Contre qui nous ne nous battons pas
Nous ne combattons pas le peuple russe. Les mères russes pleurent exactement comme les mères ukrainiennes, et enterrent leurs fils de la même manière.
Nous combattons un système qui ne supporte pas un voisin libre. Nous ne le connaissons pas par les livres : nous avons vécu sous lui.
L'Europe
Nous sommes l'Europe non parce que quelqu'un nous y a inscrits. Parce que nous l'avons choisie — et que nous avons payé ce choix de nos vies.
Ce qu'il y a d'européen en nous n'est pas de la géographie. C'est la même chose que nous exigeons chez nous : la loi au-dessus du pouvoir, la personne au-dessus de l'État.
Et ce pays sera reconstruit sous souveraineté ukrainienne. Les ressources stratégiques et les infrastructures ne deviendront pas des objets de privatisation extérieure sous couvert de reconstruction. Nous reconstruisons notre maison, non l'actif d'autrui.
La frontière
La frontière orientale, c'est nous qui la tenons.
Chaque jour où nous tenons est un jour où l'Alliance n'a pas à décider si l'article 5 s'applique à Vilnius, Riga, Tallinn, Varsovie ou Helsinki.
Nous ne demandons pas la pitié. Nous demandons un partenariat. Nous nous battons déjà — nous demandons à nous battre ensemble.
Le précédent
L'Ukraine est la preuve, non l'exception.
Si l'agression réussit ici, le système apprend qu'elle fonctionne et la mettra à l'épreuve ailleurs. Il n'y a pas de troisième issue.
Aussi demandons-nous au monde d'appliquer à l'Ukraine le principe que chacun réclame pour soi : souveraineté, intégrité territoriale, non-ingérence. Les standards ne doivent pas être doubles. La loi ne doit pas être sélective.
La paix
Une paix dictée par-dessus nos têtes n'est pas la paix. C'est une capitulation sous un autre nom et une pause avant la guerre suivante.
Nous ne sommes pas contre les négociations. Nous sommes contre les accords où nous sommes la monnaie et non la partie.
Ce que nous demandons
- 01Nommer ce qui se passe par son vrai nom.
- 02Exiger le respect du droit international humanitaire comme une obligation morale, et non comme une formule diplomatique.
- 03Garantir la sécurité des corridors céréaliers : le droit à l'alimentation est un droit humain universel.
- 04Faire que les garanties signifient des garanties, afin que le scénario de Budapest ne se répète avec personne.
- 05Se souvenir de nous non comme de victimes, mais comme d'un peuple et d'une civilisation.
- 06Ne pas conclure de paix sans nous.
À qui cela fut dit
- Au Saint-Siège — pour que l'autorité morale appelle la destruction par son nom.
- À l'Organisation des Nations unies — pour que les mécanismes de responsabilité cessent d'être des déclarations.
- À l'Union européenne — pour que le choix européen de l'Ukraine soit défendu et que la reconstruction se fasse sous souveraineté ukrainienne.
- Aux États-Unis — pour que la parole donnée à Budapest signifie quelque chose.
- À l'OTAN — pour que la frontière orientale soit dite commune, parce qu'elle est commune.
- À la Chine — pour que les cinq principes de la coexistence pacifique soient appliqués de manière cohérente.
- Au monde arabe — pour que la souveraineté ne connaisse pas de double standard.
- À tous les hommes — pour qu'un peuple soit entendu, et pas seulement les nouvelles à son sujet.
À propos de ce texte
L'original est le « Manifeste du peuple ukrainien », déclaration des Forces d'opérations spéciales du Mouvement de résistance de l'Ukraine : huit adresses en cinq langues, publiées à Odessa le 17 avril 2026. Cette page les réunit en un seul texte — abrégé, sans y ajouter la moindre affirmation nouvelle. Elle paraît en neuf langues et demeure à cette adresse sans terme.
Nous croyons à la résurrection — non comme métaphore, mais comme principe de la vie. L'Ukraine se relèvera aussi. La seule question est de savoir combien mourront d'ici là, et la réponse dépend aussi d'une parole étrangère dite à temps.
Nous avons combattu. Nous combattons. Nous combattrons. Mais aujourd'hui nous combattons avec des mots, car le temps est venu de remplir le silence de vérité.
Et si tu es Ukrainien — où que tu sois dans le monde — porte ceci plus loin. La voix d'un peuple doit être plus forte que les voix de ceux qui veulent décider de son destin sans lui.
Nous sommes. Et nous serons.
Andrii Loukianenko, fondateur et kochovyï otaman des FOS MRU. Odessa, le 17 avril 2026.